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  APPRIVOISER LES VOIX  
 


Témoignage d'une personne sans diagnostic qui entend des voix

Avant d'échanger de la façon dont les voix ont affecté ma vie, laissez-moi tout d’abord me présenter. Je suis une femme de 61 ans, mariée, avec un fils, une bru et deux petits-enfants. Pendant plusieurs années, j’ai réussi à combiner une carrière de travailleuse sociale à mon rôle de mère jusqu’à ce que je devienne malade physiquement. Maintenant, je reçois une rente d’invalidité.

Depuis mon enfance, j'entends des voix. Elles prédisent l’avenir, me conseillent et me guident. Parfois, elles parlent d’autres personnes - par exemple, le résultat d’un problème de santé d’une autre personne. Même si ça peut être difficile, j’ai appris à tenir compte des voix, car elles ont invariablement raison. Je les ai adoptées comme compagnon de voyage. Je me confie à mes proches à propos de mes expériences, même si ça peut causer des problèmes.

J’ai reçu mon premier message à l’âge de 9 ans. À cette époque, nous vivions dans une ville portuaire. Un jour, un bateau-citerne grec amarré dans le port a commencé à exploser. Le bruit de la première explosion a été si fort qu’il a été entendu jusqu'à mon école. Mon père étant pompier, il s’est précipité au port. Des nouvelles du désastre se sont rapidement propagées à travers toute la ville et ma mère avait très peur pour la vie de mon père. Nous avons été élevés dans la religion chrétienne; ma mère et moi nous sommes donc mises à prier pour la sécurité de mon père. Plusieurs heures plus tard, j’ai entendu une voix en moi me disant: «Ton père reviendra». J’en ai tout de suite fait part à ma mère. Au même moment, nos voisins sont venus nous dire que le bateau était sur le point d’exploser complètement. J’avais très peur, mais encore une fois, une voix m’a dit: «Ton père reviendra». Et c’était bien vrai; un parfait étranger était venu tirer mon père de là, alors qu’un collègue se tenant à côté de lui avait été tué par des éclats de barre de fer.

Je n’ai pas parlé de cet incident, bien que je me sois mise à entendre des voix de plus en plus souvent. Leur signification m’intriguait- je ne croyais pas aux esprits - et je ne savais pas si je devais leur résister. Tenter de les ignorer était totalement inutile. Je trouvais épuisant qu’elles soient là tout le temps. Finalement, mon seul espoir était de me confier à mes parents. Ils n’ont pas compris, mais ne se sont pas moqués de moi non plus. Ils m’ont écouté attentivement bien qu’ils soient incapables de me conseiller. Je trouvais impossible de me résigner à mon sort. J’ai continué à entendre des voix, avant et après la Seconde Guerre Mondiale.

Quand j’étais enfant, les gens étaient étonnés de ma confiance, spécialement quand je répondais à des questions avec conviction. Cette caractéristique me différenciait des autres enfants, mais ma mère se disait que j’étais simplement précoce. Mes parents n’accordaient que très peu d’attention aux commentaires des autres. Je m’étais moi aussi habituée à ce phénomène -j’entendais des voix qui m’ouvraient les yeux et qui m’aidaient à me faire des opinions. Par exemple, un de mes oncles était obsédé par la politique et par la manière dont la guerre se solderait. J’ai entendu une voix le contredire et j’ai surpris tout le monde en annonçant que la guerre se terminerait par la chute de Berlin. «On aura tout entendu!» a dit ma mère. Mon oncle a qualifié mon opinion de fantaisie enfantine. J’avais 14 ans à cette époque. L’incident n’a jamais plus été évoqué dans la famille, et c’était peut-être mieux ainsi. Pour ma part, j’ai appris à faire confiance à mes voix.

Un autre exemple s’est produit suite au déménagement d’une amie et de ses parents à Ede, après un bombardement. En août de cette année-là, une amie et moi lui rendions visite. Lors d’une sortie Castle Doorwerth, près d’Arnhem, nous marchions le long d’une vieille voie romaine lorsque j’ai entendu des avions approcher. Il n’y avait rien d’inhabituel à cela à cette époque, si ce n’est l’absence de tirs ou de sirènes de raids aériens. J’ai regardé mes amies, mais elles semblaient n’avoir rien entendu. Soudainement, alors que nous traversions le pont du Rhin, j’ai entendu une voix me dire : «L’invasion des Alliés aura lieu à cet endroit précis». Malgré mes craintes, j’ai parlé à mes amies du message que j’avais reçu, mais elles ont répondu que c’était très typique de ma personnalité. L’une d’elle l’a répété à son père. Il a ri et a dit: « Quelle stupidité puérile! Nous, qui vivons dans l’Est, ne sommes pas en danger. C’est plutôt vous, vivant près de la côte, qui devrait craindre!». Il a ensuite élaboré sur sa vision de la progression de la guerre. Je restais silencieuse, même si je savais qu’il avait tort. Quand l’invasion est survenue, les informations de mes voix se sont avérées justes; l’invasion a commencé sur le pont en question.

Entendre des voix m’a aussi causé des problèmes. Par exemple, nous travaillons sous les ordres d’un nouveau superviseur quelqu’un de déjà connu de plusieurs collègues, dont mon futur mari qui l’admirait pour ses réalisations diverses. Avec ce que tout le monde m’avait dit, j’avais très hâte de le rencontrer. Toutefois, quand nous avons été présentés - même s’il m’a accueilli chaleureusement une voix m’a dit: «Il est un démon». Alors quelque chose d’incroyable s’est produit: le visage du directeur s’est transformé en un monstrueux visage de démon. C’était un moment très difficile pour moi, mais j’ai gardé ma contenance et j’ai répondu cordialement. J’étais hésitante à révéler cet incident, par loyauté à mes collègues, mais j’en ai parlé à mon mari. Il a adhéré complètement à mon explication, bien que ces expériences lui soient entièrement étrangères. Parce que mes voix n’étaient pas un problème pour moi, mais plutôt quelque chose en quoi j’avais foi, il les a acceptées comme faisant partie intégrante de ma personne. Ça n’a pas toujours été facile pour lui. Plus tard, j’ai eu la confirmation que mes voix disaient vrai une fois de plus; le patron était effectivement un démon.

À une autre occasion, un collègue de mon mari est devenu malade. Mon mari m’a dit qu’il s’était simplement surmené et qu’il guérirait rapidement, mais je lui ai tout de suite dit : «Il va mourir». Nous n’en avons pas discuté davantage. Nous avons visité cet homme régulièrement; après 6 semaines, il a dû être admis à l’hôpital, où il est mort. Comment doit-on gérer cette information? Nous avons choisi de ne pas en parler, mais simplement de l’accepter.

J’ai continué à entendre des voix après la naissance de mon fils. Je lui en ai parlé alors qu’il allait à l’école secondaire et il a vu un lien entre mes voix et le fait que j’avais un grand réseau social. Il a dit à ses amis : «Les gens semblent percevoir que ma mère a un don spécial. Peu importe où nous sommes, même en vacances, de parfaits étrangers l’approchent, se confient à elle et lui demandent des conseils.» Je n’avais pas vu le lien avant qu’il en parle.

Après mon mariage, je suis retournée temporairement au travail, avec mes voix. Mes collègues ne savaient pas quoi penser des mes expériences lorsque je leur en parlais. Un jour, un ordinateur a été installé, j’en étais réjouie, sauf que mes voix m’avertissaient répétitivement que l’ordinateur compromettrait la confidentialité de mes clients. J’étais inquiète même si le système semblait sûr. J’ai finalement insisté pour utiliser un code pour protéger mes clients; c’était pénible et ennuyeux et j’ai vite acquis une réputation de personne entêtée et opiniâtre, ce qui m’a rendu la vie plus difficile. Récemment, toutefois, une collègue m’a dit: «Nous compromettions la confidentialité de nos clients. Tu l’avais prédit.»

J’ai aussi reçu de l’aide de mes voix durant une période critique - dans ma propre vie et dans celle de mon mari malade. Comme j’avais travaillé pendant 12 ans et demi (un anniversaire important en Hollande), une fête a été organisée en mon honneur, avec les patrons et les 123 autres employés. 2 de mes voeux les plus chers ont été exaucé; j’ai reçu une montre en or et des articles de toilette en argent. En acceptant ces derniers, un miroir s’est brisé de lui-même. Les invités ont été surpris et on m’a tout de suite offert de le remplacer, mais une voix m’a dit que je devrais le laisser comme il était. J’étais tout d’abord hésitante mais j’ai insisté pour garder le miroir. En moins d’un an, j’ai bien dû admettre que je n’avais plus la santé pour travailler. Le miroir brisé en aurait-il été un présage? C’était une période difficile où j’ai entendu beaucoup de voix; j’ai aussi vu une forme fantomatique flotter au-dessus de mon lit alors que j’y étais couchée. J’ai essayé de la dissiper, mais sans succès. « Viens », disait-elle. J’ai éventuellement compris: je devais me créer une nouvelle vie dans laquelle je pourrais revivre. Je m’épanouissais à nouveau et malgré mes malaises, j’étais plus heureuse que je ne l’avais jamais été dans ma carrière. Serait-ce un processus de croissance et de réalisation de soi?

J’ai vécu une autre période difficile quand j’ai pris conscience que l’état de santé de mon mari se détériorait. J’en ai eu les premiers signes lors de vacances en Grèce. Après une sieste de mi-journée, nous étions en route pour visiter une vieille église lorsqu’une voix m’a dit : «Comme ton mari a un air horrible!». Je l’ai regardé, mais n’ai vu rien d’anormal. Je me suis mise à m’inquiéter alors que je conduisais machinalement le long d’une autoroute à 4 voies. Je ne pouvais me confier à mon mari et devais gérer mon anxiété toute seule. Après plusieurs semaines, nous sommes rentrés à la maison et mon anxiété s’est sans cesse accrue. Je savais que mon mari rêvait de visiter les ruines de la civilisation minoenne alors sur un coup de tête, j’ai organisé un voyage surprise en Crète. Il en était très emballé, mais je n’étais toujours pas très rassurée car les voix me mettaient toujours en garde au sujet de sa santé. Peu de temps après notre retour de Crète, il a dû être hospitalisé d’urgence et une tumeur a été diagnostiquée. Il a bien pris la nouvelle, et j’ai moi aussi réussi à trouver la force de demeurer calme. L’autosuggestion, peut-être. Après que mon mari soit sorti de l’hôpital, nous nous sommes mis à reconstruire nos vies et avons planifié un nouveau voyage pour relaxer, selon les recommandations des médecins. Nous sommes allés à Vienne. Une nuit, j’y ai été réveillée non seulement par une voix, mais aussi par une forme floue qui me disait : «Ils détruiront la santé de ton mari. Tu dois te battre pour lui». J’étais très troublée, mais mon mari dormait paisiblement à côté de moi. Le jour suivant, alors que nous nous promenions dans un bois, la voix a répétée : «Bats-toi! Ils détruiront sa santé!» Vous pouvez imaginer comment je me sentais!

J’étais hésitante à quitter Vienne mais j’ai réussi à prendre rendez-vous avec un spécialiste en radiothérapie de la région qui pouvait donner le traitement. Mon mari lui-même sentait que sa santé se détériorait et il souffrait d’atroces douleurs la nuit. J’ai entendu la voix encore et encore : «Bats-toi! Ils détruiront sa santé!» Vous pouvez vous imaginer à quel point c’était difficile pour moi; dois-je causer à mon mari encore plus d’anxiété? Finalement, j’ai trouvé le courage de lui en parler. Il n’a pas argumenté; j’ai donc saisi le téléphone et j’ai contacté son médecin. La radiothérapie et la chimiothérapie ont été cessées et ensemble, nous avons surmonté cette difficulté.

Je n’ai jamais cessé d’entendre des voix. Elles sont intrusives mais amicales; elles augmentent ma sensibilité, elles font partie de moi. Je n’en dirai pas plus, j’espère que vous avez saisi le message que j’essaie de véhiculer. Je n’ai jamais dénigré les voix en les associant à des forces surnaturelles, à la magie, la sorcellerie ou autre chose du genre. Les voix ont transformé ma vie et je vous demande de respecter ce fait.


 

 
 

 

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